Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/210

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lût devenir ministre[1], pas de sous-lieutenant qui n’aspirât à l’épée de connétable. Enfin l’empereur voulut marier sa cour en deux ans. Rien ne rend plus esclave[2] ; et, cela fait, il voulut des mœurs. La police intervint d’une façon grossière dans le malheur d’une pauvre dame de la cour[3]. Enfin cette cour se composait de généraux ou de jeunes gens qui n’avaient jamais vu la politesse, dont le règne tomba en 1789[4].

Il n’en fallait pas tant pour empêcher la renaissance de l’esprit de société. Il n’y eut plus de société. Chacun se renferma dans son ménage ; ce fut une époque de vertu conjugale.

Un général de mes amis voulait donner un dîner de vingt couverts. Il va chez Véry du Palais Royal. Ses ordres écoutés, Véry lui dit : « Vous savez sans doute, mon général, que je suis obligé de donner avis de

    maître d’armes à Naples, protégé par l’ambassadeur Talleyrand qui, au moment des troubles, lui donna vingt-cinq louis pour venir faire sa fortune en France.

  1. À l’exemple de M. Molé.
  2. De 1808 à 1810. Il faisait dire à un riche bijoutier de Paris qui avait trois filles : « Le général N… épouse l’aînée de vos trois filles à laquelle vous donnez 60.000 écus. » Le père, éperdu, qui avait quelque accès aux Tuileries, vient lui demander grâce ; il lui répète les mêmes paroles, ajoutant : « Le général N… ira faire sa cour demain, et épousera après-demain. » Ce ménage est fort heureux.
  3. Mme Rapp.
  4. Le ministre Roland allant chez le roi sans boucles à ses souliers.