Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/209

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Bonaparte vit deux choses : que s’il voulait être roi, il fallait une cour pour séduire ce faible peuple français sur lequel ce mot cour est tout puissant. Il se vit dans la main des militaires. Une conspiration des gardes prétoriennes pouvait le jeter du trône à la mort[1]. Un entourage de préfets du palais, de chambellans, d’écuyers, de ministres, de dames du palais imposait aux généraux de la garde, qui, eux aussi, étaient français et avaient un respect inné pour le mot cour.

Mais le despote était soupçonneux ; son ministre Fouché avait des espions jusque parmi les maréchales. L’empereur avait cinq polices différentes[2] qui se contrôlaient l’une l’autre. Un mot qui s’écartait de l’adoration, je ne dirai pas pour le despote, mais pour le despotisme, perdait à jamais.

Il avait excité au plus haut degré l’ambition de chacun. Pour un roi qui avait été lieutenant d’artillerie, et avec des maréchaux qui avaient commencé par être ménétriers de campagne ou maîtres d’armes[3], il n’était pas d’auditeur qui ne vou-

  1. Se rappeler l’admirable conspiration du général Mallet, octobre 1812.
  2. Celles du ministre, du premier inspecteur de la gendarmerie, du préfet de police, du directeur général des postes, enfin la police secrète aboutissant directement à l’empereur.
  3. Victor, duc de Bellune, ménétrier à Valenca. Augereau,