Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/234

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CHAPITRE LVI[1]


Il y a un peu plus d’un siècle que le sol sur lequel est bâti Pétersbourg, la plus belle des capitales, n’était encore qu’un marais désert, et que toute la contrée environnante était sous la domination de la Suède, alors alliée et voisine de la Pologne, royaume de dix-sept millions d’habitants. La Russie a toujours cru, depuis Pierre le Grand, qu’elle serait, en 1819, la maîtresse de l’Europe, si elle avait le courage de vouloir, et l’Amérique est désormais la seule puissance qui puisse lui résister. On dira que c’est apercevoir les choses de loin ; voyez l’espace que nous avons parcouru depuis la paix de Tilsitt en 1807. Dès l’époque de cette paix tous les militaires prédirent que, s’il y avait jamais lutte entre la Russie et la France, cette lutte serait décisive pour un des deux pays ; et ce n’était pas la France qui avait les plus belles chances. Sa supériorité apparente tenait à la vie d’un homme. La

  1. Après M. Royer, nous reprenons ce chapitre dans la correspondance où Colomb l’avait inséré à la date, on sans doute il fut écrit, du 18 août 1818. N. D. L. É.