Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/248

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à la Suède. Les membres du sénat qui, avant que d’y entrer, étaient presque tous comptés parmi les hommes les plus remarquables de la France, une fois réunis au Luxembourg ne luttaient plus entre eux que de bassesse. C’est en vain qu’une courageuse opposition essayait de les faire rougir : ils répondaient : « Le siècle de Louis XIV recommence et nous ne voulons pas ruiner à jamais nous et nos familles. » Comme les délibérations étaient secrètes, les opposants n’avaient que les dangers de l’opposition, non la gloire, et la postérité doit répéter avec une double reconnaissance les noms de Tracy, Grégoire, Lanjuinais, Cabanis, Boissy d’Anglas, Lenoir La Roche, Colaud, Cholet, Volney et peu d’autres, hommes illustres qui, aujourd’hui encore, sont de l’opposition et sont injuriés par les mêmes flatteurs qui, seulement, ont changé de maître[1].

Napoléon envoya ordre à tous ses préfets de faire injurier Bernadotte, prince de Suède, dans des centaines d’adresses doublement ridicules, car en quittant la France, Bernadotte était devenu Suédois[2].

  1. To see : Staël’s Considérations for the names.
  2. Voir le Moniteur, comme de juste. Les plus vils Signataires de ces adresses sont les hommes qui devaient se montrer, deux ans après, les ultras les plus ridicules et les plus sanguinaires. Voir le discours de M. S[eguier].