Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/258

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et ne songer qu’à sauver la patrie. » En un instant, les larmes furent dans tous les yeux. On voyait l’homme de la destinée laisser parler son cœur. Je me souviendrai toute ma vie de cette scène déchirante[1]. J’étais en colère de mes larmes. La raison me répétait à chaque instant : « Du temps des Carnot et des Danton, le gouvernement, en un aussi pressant danger, se serait amusé à tout autre chose qu’à émouvoir des cœurs faibles et incapables de vertu. »

En effet, les mêmes gens qui, le 24 janvier, pleuraient aux Tuileries, le 31 mars, au passage de l’empereur Alexandre sur le boulevard, agitaient des mouchoirs blancs à toutes les croisées et paraissaient ivres de joie. Il faut remarquer que, le 31 mars, il n’était pas encore question de l’illustre maison de Bourbon, et que les Parisiens étaient si joyeux, uniquement parce qu’ils se voyaient conquis.

  1. Le 24 Janvier 1814, Beyle n’était point à Paris, mais à Grenoble avec le comte de Saint-Vallier. (Note de Colomb.)