Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/293

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le vertueux Grégoire osant avancer quelques principes généraux et reconnus de toute l’Europe sur la liberté, fut accusé par les gens de lettres, de vouloir faire renaître l’anarchie. MM. Lambrechts et Garat, qui protestaient contre la précipitation, furent insultés comme métaphysiciens. Benjamin Constant, l’homme par qui l’on pense juste en France, fut averti de garder le silence qui convenait si bien à un étranger peu instruit de nos mœurs.

Enfin cette charte si sagement préparée, fut lue devant les deux Chambres et nullement acceptée par elles. Elles auraient voté tout ce qu’on aurait voulu et même l’Alcoran, car c’est ainsi qu’on est en France. Dans ces sortes de circonstances, s’opposer à la majorité est taxé de vanité ridicule. « En France, il faut surtout faire comme les autres. » L’histoire des moutons de Panurge pourrait fort bien nous servir d’armes[1].

La sotte omission de cette formalité éloigna du roi toute vraie légitimité[2]. En France, même les enfants au collège, font le raisonnement suivant : « Tout homme a un pouvoir absolu et sans bornes sur lui-même ; il peut aliéner une partie de ce

  1. Considérations sur la Révolution, 1, p…
  2. Couleur comique pour faire variété ; d’ailleurs c’est la couleur du sujet.