Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/322

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mées et la foule qui s’était rassemblée dans les rues, nonobstant la cocarde nationale et les cris de Vive l’empereur des soldats, les laissaient passer sans le moindre signe d’approbation ou de désapprobation. Ils firent halte pour une heure sur un coteau au delà de la ville. Les soldats commencèrent à se regarder entre eux avec incertitude et tristesse. Tout à coup, ils virent une troupe de gens de la ville qui s’avançaient vers eux avec des provisions et aux cris de : Vive l’empereur.

Depuis ce moment[1] les paysans se montrèrent satisfaits que Napoléon eût débarqué et sa marche fut plutôt un triomphe qu’une invasion. On laissa à Grasse les canons et la voiture et comme les routes furent fort mauvaises dans le cours de cette première marche qui fut de vingt-cinq lieues, Napoléon marchait fréquemment à pied au milieu de ses grenadiers. Lorsqu’ils se plaignaient de leurs fatigues, il les appelait ses grondeurs ; eux, de leur côté, quand il lui arrivait de tomber, riaient tout haut de sa maladresse. Ils arrivèrent dans la soirée du deux au village de Seranon à vingt lieues de Grasse. Dans cette marche, le nom de

  1. Hobhouse, 124.