Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/331

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Plusieurs officiers, gens de tête, étaient allés de Grenoble au devant de Napoléon. S’il n’avait pas réussi à la porte de Bonne, ils avaient tout préparé pour lui faire passer l’Isère près de la porte Saint-Laurent, qui est au pied de la montagne, et sur la montagne dite de la Bastille, le rempart n’est qu’un simple mur de jardin qui tombe de toutes parts.

Ces officiers donnèrent le conseil à l’empereur d’empêcher que ses soldats ne tirassent un seul coup de fusil, cela pouvant donner l’apparence de gens vaincus à ceux qui le joindraient. Peut-être la moitié de l’armée eût tenu ferme par point d’honneur.

La foule se jeta autour de lui. Ils le regardaient, ils saisissaient ses mains et ses genoux, baisaient ses habits, voulaient au moins les toucher ; rien ne pouvait mettre un frein à leurs transports. Napoléon n’était pas le représentant de son propre gouvernement, mais d’un gouvernement contraire à celui des Bourbons. On voulait le loger à l’hôtel de ville, mais il choisit une auberge tenue par un ancien soldat de son armée d’Égypte, nommé M. Labarre. Là son état-major le perdit absolument de vue ; au bout d’une demi-heure Jermanowski et Bertrand réussirent enfin, en employant toutes leurs forces, à pénétrer dans la chambre où ils le trouvèrent