Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/332

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environné de gens qui paraissaient fous, tant l’enthousiasme et l’amour leur faisaient oublier les plus simples égards qu’on emploie ordinairement pour ne pas étouffer les gens. Ses officiers parvinrent pour un moment à faire évacuer la chambre ; ils plaçaient des tables et des chaises derrière la porte pour prévenir une seconde invasion, mais ce fut en vain. La foule parvint à entrer une seconde fois, et l’empereur resta deux heures, perdu au milieu d’eux, sans être gardé par le moindre soldat. Il pouvait mille fois être mis à mort si, parmi les royalistes ou les prêtres, il y avait eu un seul homme de courage. Peu après, une foule de peuple apporta la porte de Bonne sous les fenêtres de son auberge. Ils s’écriaient : « Napoléon, nous n’avons pas pu vous offrir les clés de votre bonne ville de Grenoble, mais voici les portes. »

Le lendemain, Napoléon passa la revue des troupes sur la place d’armes. Là encore il fut entouré par le peuple ; l’enthousiasme était à son comble, mais n’inspira aucun de ces actes serviles avec lesquels le peuple a coutume d’approcher les rois ; on cria constamment sous ses fenêtres et autour de lui : « Plus de conscription, nous n’en voulons plus et il nous faut une constitution. » Un jeune Grenoblois (M. Jo-