Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/59

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dait à les précipiter du trône. Si ces rois irrités, après l’avoir vaincue, avaient daigné la rendre à la famille exilée, ce que cette famille a fait ou laissé faire en 1815[1] ne donne encore qu’une faible idée de ce qu’on pouvait en attendre en 1800[2]. La France plongée dans le dernier degré du découragement et de l’avilissement moral, malheureuse par le gouvernement qu’elle s’était choisi avec tant d’orgueil, plus malheureuse par les déroutes de ses armées, n’aurait inspiré aucune crainte aux Bourbons, et c’est uniquement à la peur du Monarque que l’on peut attribuer les apparences libérales du gouvernement.

Mais il est plus probable que les rois vainqueurs se seraient divisé la France. Il était prudent de détruire ce foyer du jacobinisme. Le manifeste du duc de Brunswick aurait été accompli et tous les nobles écrivains qui garnissent les Académies auraient proclamé l’impossibilité de la liberté. Depuis 1793, jamais les idées nouvelles n’avaient couru d’aussi grands dangers. La civilisation du monde fut sur le point d’être reculée de plusieurs

  1. Mission du marquis de Riviière dans le Midi ; massacres de Nîmes ; histoire de Trestaillon.
  2. Prudence. Rendre aux émigrés ce qu’ils ont fait en 1815.