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Prodiguait ses plus doux pavots,
Quand soudain une voix papelarde et sonore
En sursaut réveilla le chantre de l’aurore :
« Venez, disait la voix, venez frère en mes bras
« Recevoir ici l’assurance
« De notre bonne intelligence :
« Je suis un vieil ami, venez, n’hésitez pas. »
— « Frère ! lui répondit, en secouant la tête
« Le Coq qui savait son métier,
« De vous baiser aussi, je me fais une fête
« Mais je ne puis venir, car je suis prisonnier.
« Je vais donc, s’il vous plaît, avertir le portier. »
Le renard à ces mots ne se sent plus de joie ;
Il croit déjà saisir sa proie,
Quand soudain le portier, — je veux parler du chien, —
S’élance d’un bond sur le sire
Et vous l’étrangle bel et bien.

Par ma fable je prétends dire
Qu’il n’est rien de plus précieux
Qu’un ami véritable et surtout courageux.
Mais qu’ils sont rares sur la terre !…
Cette autre vérité vaut pour le moins autant :
Lorsqu’un sage veut se défaire
D’un homme perfide et méchant,
Et qu’il n’est pas assez puissant
Pour s’acquitter seul de l’affaire,
Il lui suscite adroitement
Quelque plus terrible adversaire
Qui vous l’expédie à l’instant.