Page:Stevens - Fables, 1857.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
39

« Leur dit un vieux magot dont les cheveux blanchis
« Et le ton imposant commandaient le silence,
« Voulez-vous suivre mon avis ?…
« Nous serons libres tous ?… profitons de l’absence
« De ces coquins qui nous ont pris,
« Et filons notre nœud avec plus de prudence
« Que n’en montrent nos ennemis.
« Hâtons-nous. J’ai connu les hommes dans ma vie :
« Les plus affreux tourments nous seraient réservés.
« Moi-même j’ai gémi sous leur joug et je sais
« Les degrés de leur perfidie.
« Ce n’est pas le moment d’exposer mes malheurs :
« Plus tard quand un vent favorable
« Nous ramènera tous vers nos frères, nos sœurs,
« Je vous raconterai ce récit lamentable
« Qui pourrait arracher des pleurs
« Au tigre le plus intraitable.
« Maintenant mes dignes amis
« Nous avons un tout autre ouvrage.
« Brisons les fers qu’on nous a mis
« Et secouons notre esclavage.
« Je vous guiderai sur les flots.
« Je connais le chemin de la patrie absente,
« Je serai le pilote et vous les matelots… »
— « Hourrah ! s’écrie en chœur la foule impatiente
Des nombreux auditeurs tant singes que guenons :
« Vive notre vieux chef ! Hourrah ! Hourrah ! partons !… »
Ainsi dit, ainsi fait. Voila donc le navire
Démarré sur le champ
Qui vogue en paix sur l’Océan
Emportant nos gens en délire.