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XXVIII.

LES DEUX LIVRES.



Avec un Elzévir qui traversant les âges
Avait du temps rongeur ressenti les outrages,
Vivait en très mauvais accord
Un livre neuf tout couvert d’or.
« Que cet affreux bouquin, amas de pourriture
« Exhale un parfum exécré !
« Disait d’un ton hautain le beau livre doré.
« Tu n’es bon qu’à servir aux vers de nourriture ?
« Va-t-en, tu m’empestes ces lieux !… »
— « Modérez, s’il vous plaît, cette grande colère,
« Pourquoi ce langage orgueilleux ?
« Qu’ai-je donc fait pour vous déplaire ?…
« Plus d’un siècle a pesé sur mon front, et vos yeux
« S’ouvrent à peine à la lumière ?…
« Prenez garde !… peut-être un jour vous verra-t-on
« Souillé, dépareillé, perdu sur l’étalage
« D’un brocanteur du voisinage,
« Qui, sans avoir égard à votre ambition,
« Vous fera bien souvent pleurer plus d’une page !…
« Croyez-moi, rabattez votre présomption… »
— « Silence, malheureux !… » — « Souffrez que je raconte… »
— « Te tairas-tu, coquin ! Vraiment tu me fais honte :
« Tu n’es qu’un vil impertinent.
« Va débiter ailleurs ce discours impudent,
« Tu m’infectes, te dis-je, encore un coup, va-t-en !… »