Page:Stevenson - Enlevé !.djvu/42

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


couvert d’un ulster, un volume boutonné dans la poche de devant, sortir du n°608 de Bush-Street et descendre Powell-Street d’un pas alerte. Le gentleman est R. L. Stevenson ; le volume concerne Benjamin Franklin, qu’il médite de prendre comme sujet d’un de ses charmants essais. Il descend Powell, traverse Market-Street et se rend dans la sixième rue tout simplement dans une succursale de l’ancien café de Pine-Street. Je crois qu’il serait capable d’aller dans ce café même s’il pouvait le trouver. Dans la succursale, il s’assoit à une table couverte d’une toile cirée, et un garçon bien nourri, d’extraction haut hollandaise, et qui vraiment n’a été extrait qu’à moitié, place devant lui une tasse de café, un petit pain, un morceau de beurre, le tout fort bon, selon l’expression du terroir. Il y a quelque temps, R. L. S. trouvait presque toujours le morceau de beurre insuffisant, mais maintenant il sait s’y prendre de telle sorte que le beurre et le petit pain sont finis en même temps. Pour ce repas, il paie dix cents, ou cinq pence.

« Une demi-heure plus tard, les habitants de Bush-Street peuvent voir le même gentleman élancé, s’armer, comme George Washington, d’une petite hachette, pour fendre du bois, allumer son feu et casser du charbon. Il fait tout cela presque en public, sur le cadre de la fenêtre, mais il ne faut point attribuer cela à quelque désir de notoriété, bien qu’il soit vraiment vain des prouesses qu’il accomplit avec la hachette, qu’il persiste à qualifier de hache, et qu’il s’étonne chaque jour d’avoir gardé tous ses doigts.

« À partir de ce moment, pendant près de trois à quatre heures, il est en tête-à-tête avec un encrier. Mais il ne l’emploie pas à noircir ses bottes, car la seule paire qu’il possède ne connaît pas le lustre, et présente la teinte naturelle du cuir qui aurait subi l’action du cirage réduit par l’âge à l’état de gâteau sec. Le plus jeune fils de sa propriétaire fait souvent cette remarque, en voyant entrer et sortir cet étrange locataire : « V’là l’auteur. » Se pourrait-il que cet innocent aux blonds cheveux ait découvert la clef du