Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/183

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de vendre à un autre gentleman, beaucoup plus jeune, quelques photographies esthétiques qu’il tirait mystérieusement d’une boîte de cuir ; dans un autre coin, deux amoureux discutaient la question de savoir dans quel parc ils trouveraient le plus d’ombrage pour achever la soirée. Mais le morceau central et la grande attraction de la taverne était un petit vieillard vêtu d’une longue redingote noire, achetée toute faite, et sans doute d’acquisition récente. Sur la table de marbre, devant lui, entre des sandwichs et un verre de bière, s’étalaient des feuilles de papier couvertes d’écriture. Sa main se balançait en l’air avec des gestes oratoires, sa voix, naturellement aigre, était mise au ton de la salle de conférences ; et, par des artifices comparables à ceux des antiques sirènes, ce vieillard tenait sous une fascination irrésistible la servante du bar, les deux cochers, un groupe de joueurs, et quatre des ouvriers sans travail.

— J’ai examiné tous les théâtres de Londres, disait-il, et, en mesurant avec mon parapluie la largeur des portes, j’ai constaté qu’elles étaient beaucoup trop étroites. Personne de vous évidemment n’a eu, comme moi, l’occasion de connaître les pays étrangers. Mais, franchement, croyez-vous que, dans un pays bien gouverné, de tels