Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/151

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ne connaît rien, tout au plus cette vieillerie, — être un bon chrétien.

La bourgeoisie s’est développée à combattre les classes privilégiées qui la traitèrent comme « Tiers-État », cavalièrement, et la rejetèrent pêle-mêle avec « la canaille ». Jusqu’alors on avait considéré dans l’État les personnes comme inégales. Le fils d’un noble était pourvu de charges que convoitaient en vain les plus distingués de la bourgeoisie. Voilà ce qui provoqua la révolte chez les bourgeois. Plus de distinctions, plus de privilèges de personnes, plus de séparation entre les classes ! que tous soient égaux ! Désormais on ne doit plus poursuivre l’intérêt particulier, c’est l’intérêt général qui entre en jeu. L’État doit être une communauté d’hommes libres et égaux et chacun doit se vouer au « bien du Tout », disparaître dans l’État, faire de l’État son but, son idéal. L’État ! l’État ! tel fut le cri général et aussitôt l’on chercha la véritable, la meilleure « constitution de l’État », enfin la conception supérieure de l’État. La pensée de l’État entra au cœur de chacun et éveilla l’enthousiasme, servir ce Dieu terrestre, voilà quel fut le nouveau culte ; on voit poindre l’époque politique proprement dite ; servir l’État ou la nation, tel fut le suprême idéal, l’intérêt de l’État, l’intérêt suprême, le service de l’État (qui n’exige aucunement que l’on soit fonctionnaire), l’honneur suprême.

Ainsi donc on chassa l’intérêt particulier, les personnalités, et le dévouement à l’État devint un Schiboleth. On doit faire abandon de Soi et vivre seulement pour l’État. On doit agir « désintéressé. » Il ne fait pas vouloir être utile à soi, mais à l’État. Ainsi l’État est devenu proprement une personne devant qui la person-