Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/215

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Contre tout ce qui appartient au monde de la pensée, la critique est dans le droit, c’est-à-dire dans la force : elle est triomphatrice. La critique, et la critique seule, « se tient en haut des temps ». Du point de vue de la pensée, il n’y a aucune puissance qui pourrait être supérieure à la sienne, et c’est plaisir de voir avec quelle légèreté et comme en se jouant, ce dragon absorbe comme vermisseaux toutes les autres pensées. Le ver a beau se tortiller il le broie dans tous ses « détours ».

Je ne suis pas adversaire de la critique, c’est-à-dire que je ne suis pas dogmatique et ne me sens touché par la dent du critique quand il déchire le dogmatisme. Si j’étais « dogmatique », je m’imposerais un dogme, c’est-à-dire une pensée, une idée, un principe supérieur que j’achèverais, que je développerais en un système, c’est-à-dire en un édifice de pensées. Si au contraire j’étais critique, c’est-à-dire adversaire du dogmatique, je mènerais le combat de la pensée libre contre la pensée esclave, et défendrais l’acte de penser contre ce qui est pensé. Mais je ne suis ni le champion d’une pensée, ni celui de la pensée : car « Je » pars de Moi ; Je ne suis une pensée pas plus que Je ne consiste dans l’acte de penser. Contre Moi, l’inexprimable, l’empire de la pensée, de la cogitation, de l’esprit, se brise en miettes.

La critique est le combat du possédé contre la possession elle-même, contre toute possession, un combat fondé sur la conscience qu’il y a partout possession, ou suivant l’expression du critique, état religieux et théologique. Il sait que ce n’est pas seulement envers dieu, mais encore envers d’autres idées comme le Droit, l’État, la Foi que l’homme se montre religieux ou croyant ; c’est-à-dire qu’il voit de tous côtés la pos-