Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/216

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session. Il veut ainsi par la cogitation résoudre les pensées, mais moi je dis, seule l’absence de toute pensée me sauve effectivement des pensées. Ce n’est pas la cogitation, mais l’absence de toute pensée en moi, c’est Moi, l’Inconcevable, l’Insaisissable qui me délivre de la possession.

Un geste brusque me délivre de l’esclavage de la pensée la plus soucieuse, il me suffit d’étendre mes membres pour secouer le tourment des pensées, de me lever en sursaut pour lancer en l’air le fantôme du monde religieux qui pèse sur ma poitrine, un bond d’allégresse rejette au loin les fardeaux séculaires ; mais l’importance énorme de l’allégresse sans pensée ne pouvait être reconnue dans la longue nuit de la pensée et de la foi.

« Quelle grossièreté et quelle frivolité que de vouloir par une simple rupture résoudre les problèmes les plus ardus, les tâches les plus vastes ! »

Mais as-tu des tâches si tu ne te les imposes pas ? Tant que tu te les imposes, elles ne te lâchent pas, et certes je ne m’oppose aucunement à ce que tu penses et à ce que pensant, tu crées mille pensées. Mais toi, toi qui t’es imposé ces tâches, ne dois-tu pas pouvoir à ta guise les rejeter ? Dois-tu être enchaîné à ces tâches et doivent-elles être pour toi des obligations absolues ?

Pour n’en donner qu’un exemple, on a discrédité le gouvernement parce qu’il emploie contre la pensée la violence, parce qu’il attaque la presse avec les forces policières de la censure et qu’il fait d’un combat littéraire un combat personnel. Comme s’il s’agissait exclusivement de pensées et comme si en face de la pensée, il fallait que le gouvernement se comportât avec un absolu désintéressement, qu’il niât et sacrifiât sa person-