Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/22

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me faites pas rire ! » Mot horrible au milieu de la sainte exaltation de la foule.

Il ne faut pas toucher sous peine de mort aux Personnalités de respect. En retour, quels que soient vos actes, appelez-les à votre secours, réclamez-vous d’elles et vous êtes sauvés. Trahissez la Patrie, faites des faux pour masquer des agissements qui ne paraissent pas précisément avoir eu pour but l’intérêt de la Patrie, mais couvrez votre acte du saint nom de la Patrie, une masse imbécile vous absoudra et ira même jusqu’à l’apothéose.

Cette imbécillité des foules est l’œuvre la plus forte de l’État. Mais quand l’État travaille à détourner l’individu de soi-même, à lui faire « abandonner sa propre cause pour une cause plus haute », quelle mission a-t-il lui-même ? — L’État ne connaît pas de cause plus haute que la cause de l’État. S’il poursuit la réalisation de la justice, c’est uniquement parce que l’expérience lui a appris que la justice est pour lui une cause vitale. Mais qu’il lui soit démontré, par un raisonnement juste ou faux, qu’il peut vivre sans justice, ou qu’un déni de justice, dans tel cas, est nécessaire à sa vie, il ne prendra pas pour lui le suicide glorieux qu’il demande aux hommes en faveur des « intérêts supérieurs de l’humanité ». Sa mission, si c’est là une mission, c’est de vivre. Vivre à tout prix, quand même cette vie ne repose que sur la violation du droit des gens, des engagements pris, sur le pillage à main armée, etc., quand même cette existence de l’État entraîne une consommation effroyable d’existences humaines qu’il dépose avec quelques paroles de regret « sur le fumier de l’Histoire ». Ayant quelque pudeur, il recouvre ses actes du manteau de la civilisation. Quand l’État dit « guerre pour le commerce » entendez « assassinat suivi de vol ». « Cela sonne moins bien, dit l’éminent jurisconsulte Clarke, mais cela représente la même politique. »

L’État est le plus beau type de l’égoïsme individuel, et ce serait un leurre de croire, en nos temps où le gouvernement se proclame émané du peuple, que les deux volontés populaire et gouvernementale soient coïncidantes. Il est manifeste que l’État a une volonté distincte, absolument propre