Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/254

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lui-même n’est qu’une « société d’hommes ». Le monde que crée le croyant (l’esprit croyant) s’appelle l’Église, le monde que crée l’homme (l’esprit humain) s’appelle l’État.

— Mais ce n’est pas mon monde. Mon action n’est jamais humaine in abstracto, mais elle m’est toujours propre, c’est-à-dire qu’elle diffère de toutes les autres actions humaines et que c’est seulement par cette différence qu’elle est un fait réel et qui m’est propre. L’humain, en elle, est une abstraction et comme tel est son esprit, c’est-à-dire un être abstrait.

Bruno Bauer, dans sa « Question juive », exprime les mêmes idées ; il dit par exemple que la vérité de la critique est la dernière de toutes et qu’elle est la même vérité que cherche le christianisme : l’Homme. « L’histoire du monde chrétien est l’histoire du combat suprême pour la vérité, car en elle — et seulement en elle ! — il s’agit de la découverte de la première ou dernière vérité — de l’homme et de la liberté. »

Eh bien ! acceptons ce point acquis et prenons l’homme pour le résultat définitif de l’histoire chrétienne et généralement de tout effort idéal ou religieux de l’humanité. Maintenant qui est homme ? Moi ! L’homme fin et résultat du christianisme est, en tant que Moi, le commencement et la matière à utiliser de la nouvelle histoire, histoire de la jouissance après l’histoire du sacrifice, histoire non de l’homme ou de l’humanité, mais de moi. L’homme est la chose générale. Et maintenant moi et l’égoïste sommes réellement la chose générale, car chacun est égoïste et se met au-dessus de tout. Le judaïsme n’est pas purement égoïste parce que le Juif s’abandonne encore à Jéhovah, de même pour ce qui est chrétien, parce que le Chré-