Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/411

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vous mentir parce que je ne vous ai donné aucun droit à ma sincérité. Dieu « qui est la vérité » peut me considérer plein de menaces du haut de son ciel, le mensonge peut avoir pour moi les pires conséquences, j’ai cependant le courage du mensonge, et même si je suis dégoûté de la vie, si rien ne vient mieux à propos pour moi que le glaive de votre bourreau, vous n’aurez pourtant pas la joie de trouver en moi un esclave de la vérité que par vos artifices de prêtres vous ferez traître à sa volonté. Quand j’ai prononcé ces paroles de haute trahison, je ne voulais pas que vous en connussiez rien ; je conserve aujourd’hui la même volonté et je ne me laisse pas effrayer par l’horreur du mensonge.

Sigismond n’est pas un misérable coquin parce qu’il fut traître à sa parole de roi, mais il rompit son serment parce qu’il était un coquin ; même s’il l’eût pu tenir, il n’eût encore été qu’un coquin, un valet de prêtres. Luther fut poussé par une force supérieure à devenir infidèle à ses vœux monastiques ; ce fut pour l’amour de Dieu. Tous deux en rompant leur serment furent possédés : Sigismond parce qu’il voulait paraître confesseur sincère de la vérité divine, c’est-à-dire de la vraie foi, de la foi catholique, Luther parce qu’il voulut témoigner sincèrement, en pleine vérité de corps et d’âme, en faveur de l’Évangile ; tous deux furent parjures pour rester fidèles à « la vérité supérieure ». Seulement l’un, ce furent les prêtres qui le délièrent, l’autre, ce fut lui-même. Ne méditèrent-ils pas l’un et l’autre ces paroles apostoliques : « Ce n’est pas aux hommes mais à Dieu que tu as menti. » Ils mentirent aux hommes, ils brisèrent aux yeux du monde leur serment pour ne pas mentir à Dieu, pour le servir. Ils nous montrent ainsi comment en présence