Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/442

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existence à venir qui ne lui sera dévolue que « lorsqu’il ne sera plus souillé d’aucun égoïsme. » À ce point de vue la vie n’existe que comme moyen d’acquérir la vie, et l’on ne vit que pour arriver à faire vivre en soi-même l’essence de l’homme, on ne vit qu’en vue de cet être. On ne possède la vie que pour se procurer, par elle, la « vraie » vie purifié de tout égoïsme. On redoute par suite d’en faire un usage agréable, elle ne doit servir qu’à un « bon usage ».

Bref, la vie est une mission, une tâche ; par elle on doit réaliser et instituer quelque chose, notre vie n’est pour ce quelque chose qu’un moyen, qu’un instrument, ce quelque chose vaut plus que la vie même ; à ce quelque chose on doit sa vie. On a un Dieu auquel on doit une victime vivante. Avec le temps, le sacrifice humain a perdu toute sa cruauté, mais il est demeuré lui-même intact, et, à toute heure, des criminels sont égorgés en expiation à la justice et nous « pauvres pécheurs » nous nous sacrifions nous-mêmes à « l’Être humain », à l’idée de l’humanité, à « l’humanité », quels que soient les noms donnés aux idoles ou aux Dieux.

Mais parce que nous devons notre vie à ce quelque chose, il s’ensuit immédiatement que nous n’avons pas le droit de nous l’enlever.

La tendance conservatrice du christianisme ne permet pas de penser à la mort, sauf pour lui retirer son aiguillon, se conserver et continuer à bien vivre. Le chrétien laisse tout arriver et passer sur lui pourvu seulement qu’il puisse — en juif achevé qu’il est — réussir par ses petits trafics à se faire entrer au ciel en contrebande ; il ne doit pas se tuer, il ne peut que se conserver et travailler à se préparer « sa demeure