Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/444

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


joie de mon expiation. Le suicide est donc aussi impie qu’immoral. Quand un homme qui a comme point de vue la religiosité, se retire la vie, il oublie Dieu en agissant ainsi ; si le principe du suicidé est la morale, il se montre par cet acte oublieux de ses devoirs, immoral. On s’est donné bien du mal pour résoudre la question de savoir si la mort d’Émilie Galotti peut se justifier aux yeux de la morale (on admet que cette mort fut un suicide, ce qu’elle fut aussi en réalité). Qu’elle ait eu la folie de la chasteté, ce bien moral, au point d’y sacrifier sa vie, voilà en tout cas ce qui est moral ; mais qu’elle n’ait pas senti la force de dompter son tempérament, voilà qui est immoral. De telles contradictions forment en général le conflit tragique du drame moral, et il faut penser et sentir moralement pour pouvoir y prendre un intérêt.

Ce que nous avons dit de la piété et de la morale s’applique aussi nécessairement à l’humanité, parce qu’on doit également sa vie à l’homme, à l’humanité ou à l’espèce. C’est seulement quand je n’ai d’obligation envers aucun être, que je puis disposer de ma vie comme de ma chose : « un saut du haut de ce pont me rendra libre ».

Mais si, pour cet être que nous devons faire vivre en nous, nous sommes tenus de conserver la vie, c’est également notre devoir de ne pas mener cette vie suivant notre bon plaisir, mais de la conformer à cet être. Tous mes sentiments, toutes mes pensées, volontés, actions et tendances lui appartiennent.

Ce qui est conforme à cet être résulte du concept de cet être, mais quelles conceptions différentes on s’en fait et quelles formes diverses il revêt ! Comparez les exigences du Dieu des mahométans à celles si différen-