Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/445

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tes que les chrétiens croient comprendre du Dieu chrétien ; et par suite quels écarts entre les deux genres de vie ! Mais les uns et les autres tiennent fermement à ce principe qu’il appartient à l’Être suprême de diriger notre vie.

Pourtant je ne fais que mentionner en passant et pour mémoire les gens pieux qui ont en Dieu leur juge et trouvent en sa parole le fil conducteur de leur vie, car ils appartiennent à une période qui a vécu et restent fixés à l’endroit où ils sont comme des pétrifications ; à notre époque ce ne sont plus les gens pieux, mais les libéraux qui ont la parole, et la piété elle-même ne peut faire autre chose que de passer son pâle visage au fard du libéralisme. Les libéraux n’honorent pas en Dieu leur juge, ne prennent pas pour les guider le fil de la parole divine, mais ils se tournent vers l’homme : ils ne veulent pas être « divins » mais « humains ».

L’homme est l’être suprême du libéral, il est le juge de sa vie, l’humanité son fil conducteur, son catéchisme. Dieu est l’esprit, mais l’homme est « l’esprit le plus parfait », le résultat final de la longue chasse donnée à l’esprit, ou de « l’investigation dans les profondeurs de la divinité », c’est-à-dire dans les profondeurs de l’esprit.

Chacun de tes traits doit être humain, toi-même tu dois l’être de la tête aux pieds, à l’intérieur comme à l’extérieur, car l’humanité est ta mission.

Mission — destination — tâche ! —

— Ce qu’un homme peut devenir, il le devient. Un poète né peut bien être empêché par la défaveur des circonstances d’atteindre au sommet de son époque et de créer des œuvres complètes, n’ayant pas les études indispensables, mais il fera des vers qu’il soit valet de