Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/452

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Si une chose n’est pas ou n’arrive pas qu’on s’imagine pourtant être très possible, on peut être assuré qu’il y a à cette chose un obstacle et qu’elle est impossible. Notre siècle a son art, sa science, etc. L’art est peut-être foncièrement mauvais : peut-on dire que nous mériterions d’en avoir un meilleur, que nous « pourrions » l’avoir si nous le voulions ? Nous avons justement autant d’art que nous pouvons en avoir. Notre art actuel est le seul possible actuellement et par conséquent seul réel.

Même si l’on voulait réduire encore le sens du mot « possible » et lui faire signifier « avenir », il conserverait la force entière de la « réalité ». Si l’on dit par exemple : il est possible que demain le soleil se lève, cela signifie seulement : pour aujourd’hui demain est l’avenir réel, car il est à peine besoin de faire remarquer qu’un « avenir » n’est seulement « avenir » que lorsqu’il n’est pas encore apparu.

Pourtant à quoi bon cet examen minutieux d’un mot ? S’il n’y avait pas cachée derrière, la plus vaste méprise des siècles, suivie de tant de conséquences, si l’on ne voyait pas revenir dans la seule conception de ce petit mot « possible » tous les fantômes qui hantent les hommes possédés, nous ne nous soucierions guère d’un tel examen.

Nous venons de montrer que la pensée dominait le monde des possédés. Maintenant donc, le possible n’est rien autre chose que l’imaginable, spectre hideux auquel d’innombrables victimes ont été sacrifiées. Il était imaginable que les hommes pussent devenir raisonnable, reconnaître Christ, s’enflammer pour le bien, se moraliser, se réfugier tous dans le giron de l’Église, ne penser, dire et faire rien qui mît en dan-