Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/461

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Leur colère vient précisément de ce que ceux-ci traitent la Bible à leur aise, ou « en usent arbitrairement ».

Mais parce que nous manifestons tous notre arbitraire à l’égard des objets que nous manions, c’est-à-dire que nous les traitons absolument comme il nous plaît, à notre guise (rien ne plaît tant au philosophe que de pouvoir découvrir en toute chose une idée ; à celui qu’anime la crainte de Dieu que de se faire par tous les moyens possibles ami de dieu, par la sanctification de la Bible, par exemple), pour cela même nous ne trouvons nulle part d’arbitraire aussi gênant, de violence aussi terrible, de contrainte aussi stupide que précisément dans ce domaine de Notre propre arbitraire. Si Nous agissons arbitrairement en traitant les choses saintes d’une façon ou d’une autre, comment pouvons-nous en vouloir aux esprits religieux quand, de leur côté, ils nous traitent arbitrairement, à leur façon, et nous jugent comme hérétiques dignes du bûcher — ou de la censure ?

L’homme modèle les choses sur lui-même ; « comme tu vois le monde, il te vois ». D’où de sage conseil, tu dois le voir « impartialement, sans préjugé », etc. Comme si l’enfant qui fait de la Bible un jouet, ne la voyait pas « sans préjugé, sans parti pris » ! Ce sage avertissement nous est donné en particulier par Feuerbach. On voit les choses comme elles sont quand on fait d’elles ce que l’on veut (sous le nom de choses on comprend les objets matériels ou non, Dieu, nos semblables, une maîtresse, un livre, un animal, etc.) C’est pourquoi antérieurement aux choses et à leur contemplation, il y a moi, il y a ma volonté. Des choses on veut tirer des pensées, on veut découvrir dans le