Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/89

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La morale, sous un certain rapport, raisonne ainsi : ou c’est la sensualité qui pousse l’homme et conséquemment il est immoral, ou c’est le bien qui, accueilli dans la volonté, s’appelle sens moral (sens du bien, passion du bien) : il se manifeste alors comme moral. Comment, dans ces conditions, peut-on appeler immoral l’attentat de Sand contre Kotzebue ? Entre tous les actes que l’on appelle désintéressés, celui-ci l’est bien au même titre par exemple que les larcins pieux que le bienheureux Crispin commettait en faveur des pauvres.

« Il n’aurait pas dû tuer ; car il est écrit : tu ne tueras point. » Ainsi servir le bien, le bien public comme Sand du moins en avait l’intention ou bien le bien des pauvres, comme Crispin, est moral ; mais le meurtre et le vol sont immoraux ; le but est moral, le moyen immoral, pourquoi ? « Parce que le meurtre, l’assassinat est quelque chose d’absolument mal. » Quand les guérillas attiraient les ennemis de la patrie dans les gorges des montagnes et, invisibles derrière les buissons, les fusillaient, n’étaient-ce pas là des assassinats ? Vous pourriez demander en vous appuyant sur le principe qui ordonne de servir le bien, si le meurtre ne peut en aucun cas être la réalisation du bien, et vous ne pourriez désavouer ces meurtres qui eurent le bien pour conséquence. Il vous serait impossible de réprouver l’acte de Sand ; ce fut un acte moral, parce qu’il fut accompli au service du bien, parce qu’il fut désintéressé, ce fut un acte justicier infligé par un individu, une exécution où l’exécuteur joua sa vie. Entreprit-il autre chose que de réprimer des écrits par la force brutale ? Ce même procédé, ne le connaissez-vous pas « légal » et « sanctionné » ? Et qu’est-ce que votre principe de moralité peut avoir à dire contre ? — « mais ce