Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/128

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moment de silence, qu’il y a quelquefois des rapprochements étranges ?

— Que voulez-vous dire, monsieur ?

— Pendant que je venais vous avertir qu’on vous trahissait d’une manière infâme… moi-même… je…

Rodin s’interrompit comme s’il eût été vaincu par une vive émotion, sa physionomie exprima une douleur si accablante, que M. Hardy lui dit avec intérêt :

— Qu’avez-vous, monsieur ?…

— Pardon, reprit Rodin en souriant avec amertume. Grâce aux religieux conseils de l’angélique abbé Gabriel, je suis parvenu à comprendre la résignation ; pourtant, parfois encore à de certains souvenirs, j’éprouve une douleur aiguë… Je vous disais donc, reprit Rodin d’une voix plus assurée, que le lendemain du jour où j’étais allé vous dire : « On vous trompe… » j’étais moi-même victime d’une horrible déception… Un fils adoptif, un malheureux enfant abandonné, que j’avais recueilli…

Puis s’interrompant encore, il passa sa main tremblante sur ses yeux et dit :

— Pardon, monsieur… de vous parler de peines qui vous sont indifférentes… Excusez l’indiscrète douleur d’un pauvre vieillard bien abattu…