Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/287

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silence, un homme de cœur ne parle jamais des services qu’il a rendus… et voilà trois fois que vous revenez là-dessus.

— Mais, Dagobert, lui dit tout bas Rose, s’il s’agit de nouvelles de notre père ?…

Le soldat fit un geste de la main comme pour prier la jeune fille de le laisser parler, et reprit, en regardant toujours Rodin entre les deux yeux :

— Vous êtes malin… mais je ne suis pas un conscrit.

— Je suis malin, moi ? dit Rodin d’un air béat.

— Beaucoup… Vous croyez m’entortiller avec vos belles phrases ? mais ça ne prend pas… Écoutez-moi bien : quelqu’un de votre bande de robes noires m’avait volé ma croix… vous me l’avez restituée… soit ; quelqu’un de votre bande avait enlevé ces enfants… vous les avez été chercher… soit… Vous avez dénoncé le renégat d’Aigrigny… c’est encore vrai ;… mais tout cela ne prouve que deux choses : la première, c’est que vous avez été assez misérable pour être le complice de ces gueux-là ;… la seconde, c’est que vous avez été assez misérable pour les dénoncer ; or, ces deux choses-là sont ignobles ;… vous m’êtes suspect. Filez et filez vite, votre vue n’est pas saine pour ces enfants.