Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/69

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Le père d’Aigrigny rompit le premier le silence, et dit à son pensionnaire en pesant chacune de ses paroles :

— Je conçois, mon cher fils, qu’après la volonté si positive, si spontanée, que vous m’avez manifestée tout à l’heure, de ne pas recevoir… monsieur…, je conçois, dis-je, que sa présence vous soit maintenant pénible… J’espère donc que, par déférence, ou au moins par reconnaissance pour vous… monsieur (il désigna le forgeron d’un geste) mettra, en se retirant, un terme à cette situation inconvenante, déjà trop prolongée.

Agricol ne répondit pas au père d’Aigrigny, lui tourna le dos, et, s’adressant à M. Hardy, qu’il contemplait depuis quelques moments avec une profonde émotion, pendant que de grosses larmes roulaient dans ses yeux :

— Ah ! monsieur… comme c’est bon de vous voir, quoique vous ayez encore l’air bien souffrant ! Comme le cœur se calme, se rassure… se réjouit ! Mes camarades seraient si heureux d’être à ma place !… Si vous saviez tout ce qu’ils m’ont dit pour vous !… car, pour vous chérir, vous vénérer, nous n’avons à nous tous… qu’une seule âme…

Le père d’Aigrigny jeta sur M. Hardy un coup d’œil qui signifiait : Que vous avais-je dit ? Puis