Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 10.djvu/239

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déclarer à la supérieure que ma santé affaiblie m’ordonnait un repos absolu, et que je ne pourrais continuer l’instruction religieuse de la professe.

— Hêna Lebrenn est-elle enfin en état de prendre le voile ? — m’a demandé la supérieure.

— Pas encore.

— En ce cas, — a-t-elle repris, — le Seigneur l’éclairera plus tard de sa grâce ; mais il faut qu’avant huit jours elle soit entrée en religion. Un autre de nos frères augustins sera chargé d’achever l’instruction de la novice ; il importe d’arracher cette jeune fille à la pestilence dont elle a été infectée depuis son enfance. Le révérend père Lefèvre l’a fait entrer ici ; elle a un frère que l’on a aussi arraché à la perdition. Mais avec lui, la tâche a été facile ; loin d’hésiter à prononcer ses vœux, il a demandé à entrer dans l’ordre des Cordeliers et a été conduit à leur couvent, auprès de fra-Girard, dont il était connu. Aussi, lorsque cette jeune fille aura pris le voile, elle et son frère seront pour jamais sauvés de la corruption du foyer paternel ; car leur père et leur mère sont hérétiques endiablés.

Telles ont été les paroles de l’abbesse. Ainsi, contre tout droit, contre toute justice, ces deux enfants ont été arrachés à leur famille, dont ils seront à jamais séparés… Ah ! je donnerais ma vie pour pouvoir instruire du sort réservé à leur fille ces gens de bien qui m’ont accueilli avec tant de compassion lorsque, blessé, ils m’ont donné asile en leur maison !


… Hêna prononce demain ses vœux au couvent des Augustines ; j’ai été instruit du fait par le moine qui m’a remplacé près d’elle comme catéchiseur. Mon Dieu ! la pauvre enfant est perdue, à jamais perdue pour sa famille…

Pourtant, qui sait ? la surveillance que l’on exerce sur moi est devenue moins rigoureuse depuis que ma vie s’éteint et que je ne