Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/106

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— Ce que j’affirme, ma tante, je l’affirme à bon escient… et sur preuves…

— Sur preuves !… Que dites-vous là ! Le colonel est mort il y a un siècle…

— Il n’est pas mort tout entier… son âme, sa belle et grande âme lui a survécu !

— Quel est ce pathos… son âme lui a survécu ?

— Oui… elle revit dans de touchantes et nobles pages écrites par lui ; je les ai lues avec autant d’attendrissement que de respect et d’admiration.

— Ces pages, où les avez-vous donc déterrées ?

— Ce n’est pas moi, mais ma mère qui a fait cette précieuse découverte. Passant sa vie dans la solitude et cherchant à s’instruire, afin de m’instruire moi-même, elle lisait beaucoup, et en fouillant notre bibliothèque du château de Plouernel, elle a trouvé un manuscrit laissé par le colonel, sorte d’instruction adressée à son fils… Aussi, après en avoir pris connaissance, ma mère et moi, nous ne concevions pas comment un pareil écrit restait oublié sur les tablettes d’une bibliothèque, au lieu de devenir l’honneur des archives de notre famille.

— Et moi, ma nièce, ce dont je m’étonne davantage encore, c’est que cet écrit, nécessairement empesté d’hérésie et empreint de révolte contre l’autorité royale, n’ait pas été brûlé ?

— C’eût été, ma tante, grand dommage, car jamais homme de bien n’a parlé à son fils un langage plus sensé, plus digne, plus véritablement chrétien ; mais ce qui m’a de plus et singulièrement frappée dans ce manuscrit, c’est un fait extraordinaire… auquel vous aurez peut-être peine à croire.

— Et ce fait, quel est-il ?

Mademoiselle de Plouernel, en s’entretenant avec la marquise, venait de regarder par hasard à travers l’écartement de l’espèce de velarium qui abritait des rayons du soleil le large balcon près duquel