Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/109

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marquise de nombreux sujets de suffocation. — Le fait en question vous semblera certainement non moins extraordinaire qu’à moi…

— Enfin, quel est-il ?

— Le voici… Dans ce manuscrit adressé à son fils, le colonel de Plouernel lui rappelle en quelques lignes comment l’origine de notre famille…

— Remonte au temps de la conquête des Gaules, — ajoute la marquise avec une orgueilleuse emphase. — Un Neroweg, nom qui, je l’espère, sent sa race germanique, fut l’un des leudes ou pairs et compagnons d’armes de Clovis et comte au pays d’Auvergne, où il s’empara d’immenses domaines, possessions saliques ne relevant que de son épée. Plus tard, lorsque la Bretagne, après plusieurs siècles de lutte, fut enfin à son tour conquise et asservie par les Franks, ainsi que les autres provinces des Gaules, les Neroweg, déjà comtes en Auvergne par le droit de leur épée, devinrent sires et possesseurs des terres de Plouernel, en Bretagne, par la grâce de leurs rois. Neroweg VI, sire de Plouernel, fut l’un des premiers croisés ; il fit bâtir le château féodal dont on voit encore le donjon et les imposantes ruines au faîte de la montagne au pied de laquelle le père du colonel édifia jadis, dans le style de la Renaissance, le magnifique château de Plouernel tel qu’il existe aujourd’hui. Oui, ne l’oubliez jamais, ma nièce, notre maison est certainement, sinon la plus illustre, du moins la plus ancienne de la noblesse française.

— Soit, ma tante… Mais le colonel, en rappelant à son fils l’antiquité de notre famille, qui remonte à l’époque de la conquête des Gaules, ajoute naturellement ceci : qu’il n’y a pas de conquérants sans conquis, et que les Franks, dont nous nous prétendons issus, nous autres de noble race, ont dépouillé, puis asservi les Gaulois.

— Certes, ma nièce ! Et c’est là notre gloire, l’origine de notre droit, de notre noblesse, de notre fortune ! Tout noble représente directement ou indirectement le Frank conquérant ; tout vassal, roturier ou bourgeois, représente le Gaulois conquis. Voilà pourquoi il y