Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/110

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


a des seigneurs et des vassaux ! Voilà pourquoi, à bien dire, la terre des Gaules est à nous !

— D’accord ; mais enfin, ces Gaulois asservis et devenus tour tour nos esclaves, nos serfs, et aujourd’hui nos vassaux, n’ont pas subi sans lutte, sans révolte, une domination établie par l’épée, par la violence, par le dol, par le meurtre !

— Eh, mon Dieu ! ma nièce, ce sont là les conséquences forcées de toute conquête… Tant pis pour les vaincus !

— Tel n’est pas le sentiment du colonel de Plouernel ; et, après avoir rappelé à son fils l’inique et sanglante origine de la noblesse, il ajoute ce fait vraiment extraordinaire auquel j’arrive, qu’une famille gauloise de race, dont le colonel de Plouernel a connu et honoré l’un des descendants, lors du siège de La Rochelle, s’est légué d’âge en âge, depuis la conquête des Gaules par les Romains d’abord, puis par les Franks, une série de légendes racontant les souffrances, les malheurs de divers personnages de cette famille et qui… rapprochement étrange… lors des fréquentes révoltes des Gaulois asservis, ont parfois, d’âge en âge, lutté les armes à la main contre des seigneurs de notre maison d’origine franque !

— Ce sont là d’extravagantes imaginations de ce colonel, traître à son roi et à sa foi, — repartit la marquise en haussant les épaules. — Une famille de serfs, de manants, aurait une tradition, une généalogie et, qui mieux est, des archives… C’est impossible… c’est insensé !…

— Bien au contraire, ma tante, de plus conforme aux mœurs des anciens Gaulois. Ma mère, je vous l’ai dit, dans sa solitude lisait beaucoup ; elle m’a justement, à l’occasion de la découverte du manuscrit de M. de Plouernel, cité un vieux livre démontrant d’une manière irrécusable que chaque famille gauloise, même des plus obscures, se transmettait de génération en génération sa généalogie et certaines traditions domestiques…

— À d’autres ! ce sont là des contes bleus !