Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/113

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aujourd’hui cultivée par les descendants de cette famille. Le frère aîné du métayer actuel avait, sans doute en raison de la proximité du port de Vannes, suivi la carrière de marin, carrière qui affranchit du vasselage. Ma mère, profondément frappée des circonstances racontées dans le manuscrit du colonel de Plouernel, projetait une excursion à Mezléan, désirant connaître cette famille, intéressante à tant de titres… Nous devions entreprendre ce petit voyage peu de temps avant la funeste maladie qui m’a séparée de ma mère… jusqu’au jour où j’irai revivre près d’elle… — ajouta Berthe en soupirant, et elle resta pensive durant quelques moments, tandis que la marquise lui disait :

— Moins que jamais je ne voudrais, vous n’en doutez point, ma nièce, adresser l’ombre d’un reproche à la mémoire de madame votre mère… seulement, j’ai peine à concevoir l’intérêt bizarre, ce me semble, qu’elle ressentait à l’endroit de cette famille d’origine serve, devenue notre vassale, et dont plusieurs membres se sont, dites-vous, en des temps reculés, rebellés en armes contre des seigneurs de notre maison… Mais, en somme, quelle conclusion ce colonel huguenot tirait-il et tirez-vous des faits fort extraordinaires, j’en conviens, rapportés dans son manuscrit ?

— Cette conclusion simple et touchante sert de moralité à l’écrit de M. de Plouernel ; et il termine en disant à son fils… je vous rapporte, sinon le texte, du moins le sens de ses paroles… « — Mon enfant, la mort de mon frère aîné m’a rendu maître des immenses domaines de notre maison en Auvergne, en Beauvoisis et en Bretagne ; des milliers de vassaux peuplent ces domaines. Mais, ne l’oublie jamais, mon enfant, nos grands biens, notre noblesse, ont pour origine une conquête inique et sanglante ; oui, ces terres aujourd’hui les nôtres et dont nous sommes les seigneurs ont appartenu aux Gaulois, libres jadis et dépossédés, asservis, réduits à un affreux esclavage par les Franks nos aïeux, lors de la conquête de Clovis ; nos vassaux d’aujourd’hui sont les descendants de cette race