Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/114

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déshéritée, tour à tour esclave, serve et vassale de nos ancêtres. Montre-toi donc envers ces vassaux compatissant, équitable, fraternel, bienfaisant, selon la loi humaine et la foi chrétienne ! Hélas ! si généreuse que soit ta conduite envers eux, jamais elle n’expiera les maux exécrables dont notre race conquérante a rendu victimes les générations gauloises depuis dix siècles et plus… Et afin de te donner conscience et horreur de tant d’iniquités, de tant de souffrances, je joins à ces pages plusieurs fragments de l’histoire d’une famille d’origine gauloise, car les annales plébéiennes de la famille Lebrenn sont, à bien dire, la douloureuse légende de tout un peuple asservi… »

— Ma nièce ! — s’écria la marquise indignée, — il m’est impossible d’écouter plus longtemps de pareilles énormités ! Je vous le déclare, et…

Madame du Tremblay fut interrompue, dans l’expression de son courroux, par l’entrée de l’abbé Boujaron.


La physionomie soucieuse de l’abbé Boujaron, le désordre de sa perruque, de son rabat et de son manteau, frappèrent tellement la marquise du Tremblay, qu’elle s’écria, oubliant le sujet de son discord avec mademoiselle de Plouernel : — Mon Dieu ! l’abbé, que s’est-il passé ?… Vous voici tout dépenaillé, vous semblez inquiet ?

— J’ai fort raison de l’être… J’ai égaré la lettre que nous avons écrite ce matin à votre neveu !

— Que dites-vous ? — reprit la marquise, avec une visible anxiété, — mais comment avez-vous perdu cette lettre ?… Vous l’aviez placée dans la poche de votre justaucorps ?

— Hé, sans doute… Mais soudain enveloppé dans ce maudit attroupement populacier…

— Quel attroupement ?

— Je me rendais chez la personne que vous savez, afin d’obtenir