Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/118

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— Vous nous connaissez, monsieur ? — dit la marquise, assez surprise, — vous savez nos noms ?

— J’ai cet honneur, madame, et mon petit savoir ne se borne point là, — répondit l’inconnu avec un singulier sourire en observant de nouveau mademoiselle de Plouernel, comme s’il voulait juger de l’âme de la jeune fille d’après l’expression de ses traits ; aussi parut-il bientôt ressentir un croissant intérêt pour elle ; mais ne pouvant remarquer ces diverses nuances, et blessée de la persistance des regards de l’étranger, Berthe rougit, fit un pas afin de s’éloigner en disant à madame du Tremblay :

— Excusez-moi, ma tante, si je vous quitte…

— Mademoiselle, — dit vivement l’inconnu, devinant la pensée de la jeune fille, — je vous en conjure, n’attribuez pas à l’oubli du respect qui vous est dû, et dont je suis profondément pénétré, l’obstination de mon regard : je cherchais à lire et j’ai lu sur vos traits la droiture, la noblesse de votre cœur, et je me félicite doublement de pouvoir vous rendre un service.

— À moi, monsieur ? — répondit mademoiselle de Plouernel, très-étonnée, mais frappée de l’accent évidemment sincère des paroles de l’inconnu. — Quel service pouvez-vous me rendre, je vous prie ?

— Monsieur, — dit avec hauteur la marquise à l’étranger qui allait répondre à Berthe, — vous vous êtes introduit ici sous prétexte d’un entretien que M. l’abbé Boujaron a bien voulu vous accorder ; or, jusqu’ici, vous n’adressez la parole qu’à mademoiselle.

— Et de plus, monsieur, — ajouta l’abbé, — nous ignorons complètement qui vous êtes ?

— Je suis fort votre serviteur, monsieur l’abbé, — répondit l’étranger s’inclinant avec une courtoisie sardonique, — et je répondrai s’il vous plaît à mademoiselle de Plouernel qui me fait l’honneur de me demander quel service je suis assez heureux de pouvoir lui rendre. Ce service se résume en ce simple conseil : Mademoiselle, n’allez point en Angleterre…