Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/121

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— Eh, ma nièce, que vous importe ! — repartit la marquise, outrée. — L’on vous dit que tout ceci est énigmatique.

— Madame, cette énigme, je frémis de la deviner… car, à cette heure, mille souvenirs me reviennent à l’esprit, — répondit Berthe en attachant sur sa tante un regard que celle-ci n’osa braver. — Puis, se tournant vers l’étranger : — Monsieur, je vous écoute… et, croyez-le, je n’oublierai jamais le service que vous m’aurez rendu…

La marquise et l’abbé, reconnaissant la vanité de nouvelles objections à la lecture de la dépêche, se résignèrent, et l’inconnu, s’adressant à Berthe :

— Je passe les détails de l’incident de mer qui a obligé le navire où vous étiez embarquée, mademoiselle, à relâcher au port de Delft ; j’arrive à la partie intéressante de la lettre, et je lis ceci :

« — … Vous nous apprenez, mon cher Raoul, que l’on voit décroître l’influence de mademoiselle de Kéroualle (aujourd’hui duchesse de Portsmouth), conduite à Charles II par sa sœur, madame la duchesse d’Orléans, au commencement de cette année-ci, afin de décider plus assurément ce roi libertin à signer, moyennant les charmes de cette belle Kéroualle et un régal de quelques millions, le traité d’alliance de l’Angleterre avec la France contre la république des Provinces-Unies ; vous ajoutez qu’à mesure que décroît l’influence de la duchesse de Portsmouth, le milord Arlington, toujours forcené partisan de l’alliance de l’Espagne, de l’Angleterre, de l’Empire et des Provinces-Unies contre la France, reprend un grand ascendant sur le vacillant et luxurieux Rowley (ainsi que les familiers de Charles II appellent Sa Majesté), lequel milord Arlington a pour auxiliaire et agent tout à sa dévotion une certaine Nelly-Gwin, créature du plus bas lieu, diablesse incarnée, qui jure, sacre, boit et s’enivre comme un pandour, mais dont la fougue, l’effronterie et la gaieté tapageuse semblent fort ragaillardir S. M. d’Angleterre. De ceci, selon vous, il pourrait advenir (la nymphe et les doublons de l’Espagne et de l’Empire aidant) que