Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/122

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le roi Charles, après s’être lassé de mademoiselle de Kéroualle et avoir dissipé le régal de quelques millions à lui octroyé par notre maître, sous prétexte de catholicité, que le roi Charles, dis-je, en arrive à rompre brusquement l’alliance française afin de retourner à l’alliance de l’Espagne et de la république des Provinces-Unies, toujours désirée par les membres de la chambre des Communes qui n’ont point été soudoyés par les libéralités de notre maître. C’est en méditant sur ces graves conjonctures qu’il vous est venu à la pensée, mon cher élève, que les beaux yeux et la fière beauté de notre Berthe pourraient opérer un revirement salutaire dans les fâcheuses dispositions du vieux Rowley, balancer la Nelly-Gwin et raffermir le roi Charles dans son alliance avec notre maître. Frappés de l’importance de votre ouverture, à laquelle madame votre tante et moi nous avons longuement réfléchi, l’expédient nous a semblé si excellent et d’une telle urgence, que sans vous répondre et recourant à une ruse innocente, nous avons persuadé à votre sœur que vous étiez assez gravement malade, afin de la décider à venir avec nous vous visiter en Angleterre. Nous vous ménagions cette aimable surprise ; mais l’affreuse tempête dont je vous ai donné un crayon nous a forcés de relâcher en Hollande, d’où je vous écris, afin, et ainsi que je vous l’ai déjà marqué, de ne point vous inquiéter par le retard prolongé de notre réponse.

» Il va donc de soi, mon cher élève, que lors de notre prochaine arrivée en Angleterre, vous serez, grâce à Dieu, si parfaitement rétabli de votre maladie, qu’il n’y paraîtra plus. Vous vous empresserez de présenter à la cour de Londres madame la marquise du Tremblay et mademoiselle de Plouernel ; de sorte que, si notre légitime espoir n’est pas déçu, le roi Charles, ébloui de la rare beauté de notre Berthe, s’enflammera, selon qu’il est accoutumé, même davantage que de coutume, en raison de la cause inflammante, et la nouvelle Kéroualle, raffermissant S. M. d’Angleterre dans l’alliance française, ruine l’influence de la Nelly-Gwin, les