Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/126

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ment jugée, pour être certain que je regarderais comme un signalé service la pénible révélation que vous venez de me faire ; et je tiens à exprimer en votre présence toute ma pensée à madame du Tremblay, ma tante. — Se tournant vers la marquise, la jeune fille, triste, digne et sévère, ajouta : — Je sais maintenant comment mon frère et vous, madame, prétendiez exercer à mon égard la tutelle qui vous est confiée ; je vous épargnerai les reproches ; ils ne seraient pas compris de vous : le sens moral vous manque ; seulement je vous déclare que je n’irai pas en Angleterre et que je suis fermement résolue de ne plus habiter chez vous, madame, soit à Paris, soit à Versailles ; je ne quitterai plus désormais la Bretagne, je résiderai à Plouernel ou à Mezléan, ayant le droit, j’imagine, de demeurer dans la maison de mon père !

— Mon Dieu, mademoiselle, — reprit la marquise avec une sardonique aigreur, — votre vertu se montre étrangement ombrageuse et farouche. Pourquoi tant de courroux ? Monsieur votre frère a pensé que votre présence à la cour de Londres pouvait être de quelque utilité au service du roi notre maître… Où est le mal, je vous prie ! ne demeuriez-vous donc point libre, au vis-à-vis de S. M. d’Angleterre, d’arrêter ou de pousser les choses à votre gré ?

— Monsieur, vous entendez ? — reprit mademoiselle de Plouernel se tournant vers l’étranger, sans dissimuler le dégoût qu’elle éprouvait ; — si vous ignorez le langage de la cour de Louis XIV, si vous ignorez à quel degré de bassesse peut descendre l’idolâtrie des courtisans du grand roi, écoutez, monsieur, écoutez et instruisez-vous… « Ma présence à la cour de Londres, — a dit madame, — pouvait être de quelque utilité au service de notre maître ! » — Peut-on exprimer plus discrètement cette pensée infâme, que mon déshonneur pouvait servir la violence, la cupidité, l’ambition et l’orgueil de Louis XIV, qui a juré la perte de cette république dont il n’a pu voir sans convoitise, sans jalousie, sans haine, la richesse, la grandeur et l’indépendance ! Ah ! monsieur, — reprit made-