Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/129

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


blay, prenant sa physionomie la plus souriante, dit à M. de Tilly :

— Quel aimable homme, que ce M. Serdan ? Dites-nous donc, de grâce, monsieur, d’où il vient, d’où il est, ce qu’il est, ce qu’il fait ?

— Je ne saurais que me rendre l’écho de madame la marquise, — ajouta l’abbé, — quel parfait galant homme que ce M. Serdan ! Il est Français, de quelle province est-il ? de quelle ville ? de quel…

— Excusez-moi, monsieur l’abbé, ainsi que madame la marquise, — répondit M. de Tilly, — je n’ai point, quant à présent, le loisir de vous renseigner sur M. Serdan… Il est homme de bien et fort de mes amis… Je suis venu en hâte, afin de vous apprendre, madame, mon vif regret de fâcheuses nouvelles…

— De quoi s’agit-il donc, monsieur ? — demanda la marquise. — L’abbé a en effet remarqué ce matin quelque émotion parmi le populaire.

— En effet, madame, il règne à La Haye une extrême agitation ; deux causes la produisent : d’une part, les manœuvres des agents de M. le prince d’Orange, chef du parti opposé à celui de MM. de Witt ; et, d’autre part… excusez, madame, la franchise de mes paroles… d’autre part ? dis-je, la révélation des horreurs récemment commises dans notre pays par les armées de Louis XIV, sur l’alliance de qui tant d’honnêtes gens, et moi des premiers, avions cru pouvoir compter… Il circule aujourd’hui à La Haye des lettres venant de plusieurs de nos provinces envahies par les troupes royales ; les atrocités dont elles se sont rendues coupables ont exaspéré le peuple ! L’on nous rend solidaires, presque complices de la trahison de Louis XIV envers la république, nous que l’on désigne du nom du parti français, parce que, pleins de foi dans les traités, dans les serments solennels, dans la foi de Louis XIV, nous avons toujours, ainsi que MM. de Witt, soutenu l’alliance française. J’entre dans ces détails, madame, afin de vous convaincre qu’à cette heure, telle est l’effervescence des esprits, que vous vous exposeriez à de grands périls si vous sortiez de