Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/132

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de nos jours) dont les généreux ferments donnent tôt ou tard au caractère et à l’esprit la courageuse indépendance qui résulte du libre examen des autorités diverses, examen mortel à ces pouvoirs, s’ils ne s’appuient ni sur le bon droit ni sur la raison. Le mariage de madame de Plouernel fut loin d’être heureux ; et lorsqu’elle eut donné deux fils à son mari, celui-ci, certain de la continuité de sa race, ne garda plus aucune mesure envers sa femme, et pour se livrer plus entièrement à de scandaleux amours, il la relégua en Bretagne, au château de Plouernel, où elle devait vivre désormais dans une retraite absolue, n’ayant d’autre soin, d’autre bonheur, que l’éducation de son dernier enfant, Berthe de Plouernel.

La comtesse avait eu un frère, tendrement affectionné d’elle. Hardi, aventureux, il s’était, par goût, voué à la profession de marin ; jeune encore, il commandait une frégate de la marine royale. Resté huguenot, comme Duquesne, son amiral, mais huguenot très-résolu en religion et en politique, il détesta plus que personne le despotisme alors naissant de Louis XIV, et à sa cour jamais ne parut. Aimant fort sa sœur et connaissant les mœurs désordonnées de M. de Plouernel, il avait en vain tenté de dissuader sa famille d’un mariage dont il prévoyait les suites funestes, et s’était embarqué pour une navigation lointaine. Retenu hors de France durant quelques années par des événements divers, il apprend à son retour l’espèce d’exil subi par sa sœur et les débordements de son mari, affichant alors un double adultère avec deux femmes de la cour. La douleur, l’indignation, transportent l’impétueux marin ; il se rend à Versailles, et là, en pleine galerie, en face de tous les courtisans, il va droit au comte de Plouernel, l’accable d’amers reproches et s’échappe jusqu’à lui dire : « — Monsieur, le cynisme infâme de votre double adultère est un outrage pour ma sœur et une flatterie pour votre maître ! » — Cette sanglante allusion aux amours effrontés de Louis XIV lui fut aussitôt rapportée, et il en ressentit une si violente colère, que le jour même, le beau-frère du comte de Plouernel, conduit à la Bas-