Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/137

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hautaines menaces ou leurs adroites tentatives de séduction par l’inflexible rectitude de son caractère, par la rare pénétration de son esprit et par la dignité de ses mœurs républicaines. Ces gens de cour, diplomates corrompus et corrupteurs (dont M. de Lyonne, secrétaire d’État des affaires étrangères de la France, fut le type achevé), brisés à toutes les intrigues, des plus noires aux plus basses, ne reculant devant nulle scélératesse pour piper leur cotraitant, filtrant par tous les pores le mensonge, la subtilité, l’astuce, le parjure, la trahison, ne contaminèrent jamais, malgré leurs contacts fréquents avec lui, la pureté native de la belle âme de Jean de Witt ; son inaltérable croyance à la supériorité pratique du bien sur le mal, du juste sur l’injuste, sortit toujours fervente, toujours sereine, toujours immaculée de ces épreuves d’où tant d’autres sortent flétris, mécréants à la souveraine puissance de la vertu et possédés d’un incurable mépris pour l’humanité. Un dernier trait achèvera de peindre ce grand citoyen. Il inspirait, même à ses adversaires, une telle confiance, que madame la princesse d’Orange lui confia la surveillance et la direction de l’éducation de son fils, quoiqu’elle sût Jean de Witt toujours inexorablement hostile au stathoudérat héréditaire dans la maison d’Orange. Oui, l’unique descendant de cette famille, ainsi destiné à devenir le chef du parti orangiste, fut confié par la meilleure, la plus éclairée des mères, aux soins de Jean de Witt. Il veilla sur cet enfant avec une sollicitude paternelle, s’efforçant d’ouvrir cette jeune âme à la pénétrante influence des sentiments généreux et patriotiques, de lui inspirer l’amour de la république, qu’il devait servir en citoyen, mais lui montrant les malheurs qu’il déchaînerait sur son pays en devenant l’instrument du parti auquel son nom servait de drapeau. L’action ordinairement si persuasive de Jean de Witt échoua devant le flegme rusé, devant la silencieuse dissimulation de cet adolescent morne, frêle, maladif, nerveux, toujours replié en soi-même, cachant des passions ardentes, inexorables, sous des dehors impassibles, et qui, arrivé à l’âge d’homme, devait, en cette année-ci, ré-