Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/138

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pondre aux bontés paternelles de Jean de Witt, sinon peut-être par un crime, du moins par la plus exécrable ingratitude.

Voici les faits… Il y avait de cela environ six semaines, Jean de Witt venait, selon sa coutume, de passer une partie de la nuit à s’occuper des affaires publiques dans son cabinet, au palais des États ; il en sortait vers deux heures du matin, précédé d’un valet portant un flambeau ; soudain des hommes armés d’épées et de couteaux s’élancent d’une embuscade et, sans prononcer mot, attaquent Jean de Witt à l’improviste. Il reçoit d’abord un coup de sabre sur le cou ; il lutte courageusement, quoique sans armes, est atteint de trois autres blessures, dont la dernière, fort grave, l’abat sur le pavé. Les assassins, le croyant mort, prennent la fuite. Il parvient à se relever et gagne son logis… Les assassins étaient au nombre de quatre : les deux frères Vander-Graëff, Adolphe Borrébugh, commis des postes de Maëstricht, et Corneille de Brayn, officier de la milice de La Haye. Un seul des deux Vander-Graëff put être arrêté… son frère et ses deux complices se réfugient… où cela ?… dans le camp du jeune Guillaume d’Orange, nommé commandant des armées de terre depuis la guerre contre la France et l’Angleterre. — On demande à ce prince de livrer les meurtriers de Jean de Witt… le prince le refuse…

Dès lors, les soupçons les plus terribles, les plus vraisemblables ont pesé sur Guillaume d’Orange… lui et son parti avaient seuls intérêt à la mort de Jean de Witt, qui, malgré le désordre apporté dans le gouvernement par les malheurs de la guerre, s’efforçait, ainsi que son frère, de conjurer les dangers dont le prince d’Orange menaçait intérieurement la république, attaquée au dehors par Louis XIV… Aussi, n’était-ce pas assez aux Orangistes d’avoir armé les assassins de Jean de Witt, il fallait aussi frapper son frère, Corneille de Witt, le ruart de Putten… Une trame horrible fut ourdie… elle va se dévoiler… Lisez, fils de Joel !