Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/142

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— Certes, qu’il vienne ! — répondit Jean de Witt. — Jamais la présence d’un ami ne m’aura été plus douce qu’en ce moment.

Bientôt après, M. Serdan fut introduit, ainsi que ses deux compagnons. L’un, homme d’un âge mûr, avait les cheveux gris ; l’autre, son fils, était ce jeune et hardi marin, sauveur du brigantin le Saint-Éloi, à bord duquel se trouvait mademoiselle Berthe de Plouernel ; et, rapprochement singulier qu’elle ignorait encore, tous deux appartenaient à cette famille gauloise, originaire de la Bretagne, dont parlait le colonel de Plouernel dans son manuscrit, cette famille Lebrenn qui, tour à tour esclave, serve et vassale depuis la conquête de Clovis, se transmettait de génération en génération sa légende plébéienne.

Salaün Lebrenn et son fils Nominoë, entrant sur les pas de Serdan, ne purent contenir ni cacher leur émotion à l’aspect de Jean de Witt, ce grand citoyen de qui la renommée était parvenue jusqu’à eux, et qu’ils admiraient et révéraient plus encore depuis que, dans leurs nombreux entretiens avec Serdan, ils avaient appris de lui mille détails intimes sur l’homme illustre qu’ils contemplaient avec une sorte de recueillement ; Nominoë surtout, cédant à la vivacité des impressions de la jeunesse, se sentit tellement ému, que son regard devint humide en songeant que Jean de Witt, depuis tant d’années dévoué au service de la république, avait failli récemment succomber sous le poignard des assassins.

— Mon ami, — dit Jean de Witt à Serdan, après avoir répondu avec affabilité au respectueux salut des deux Français, — ces messieurs sont sans doute vos deux compatriotes pour qui vous m’aviez demandé d’écrire au collège de l’amirauté, afin d’obtenir un ordre secret de passe, dans le cas où leur navire serait visité par nos croiseurs ?

— Oui, mon cher Jean ; car, en qualité de marins français, ils n’avaient rien à craindre des escadres royales, et la lettre de passe les sauvegardait contre les croiseurs hollandais. En vous remettant,