Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/152

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ce sujet est telle, que je n’hésiterai pas, non plus que mon fils, à prendre la part la plus énergique à une lutte dont lui et moi serons peut-être les premières victimes, ainsi que tant de nos pères morts pour la même cause ! Mais qu’importe ? un nouveau pas sera fait vers le grand jour de la délivrance. Voilà pourquoi, monsieur Jean de Witt, je viens, au nom des mécontents de Bretagne, vous demander l’appui moral et matériel de la république des Provinces-Unies, afin de combattre Louis XIV, notre ennemi et le vôtre !

Jean de Witt, frappé du langage de Salaün Lebrenn, de sa résolution froide, réfléchie, et de l’abnégation de son dévouement à sa cause, resta pensif, tandis que Serdan lui disait :

— Un mot encore, mon ami. Mes informations confirment de tout point les renseignements que Lebrenn vous donne sur l’état des choses en Bretagne ; oui, parmi les gens éclairés, les uns voudraient une république fédérative dont les réformés, durant le dernier siècle et le commencement de celui-ci, ont tant de fois tenté la réalisation ; les autres, un gouvernement monarchique subordonné à l’autorité souveraine des assemblées nationales ; mais dans le midi de la France, où sont restées si vivaces les anciennes traditions municipales, à l’abri desquelles ces grandes et industrieuses cités du Languedoc et de la Provence formaient, à bien dire, grâce à leurs luttes héroïques, autant de républiques presque indépendantes de fait du pouvoir féodal et plus tard du pouvoir royal ; oui, je l’affirme, dans tout le midi, si profondément pénétré de l’esprit de réforme religieuse et politique du siècle dernier, la majorité incline à une république fédérative et est prête à se soulever contre Louis XIV ; en Guyenne également : cette province a pendant longtemps vécu de sa vie propre, joui de ses franchises sous le pouvoir plus apparent qu’effectif des rois anglais, et elle souffre si impatiemment de la perte de ses libertés communales, que deux fois déjà en un siècle elle a tenté de les reconquérir par de formidables insurrections dont Bordeaux a été le théâtre ; la Normandie est non moins agitée que la Bretagne ; dans le Dauphiné,