Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/153

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les paysans en sont réduits à manger l’herbe des champs ou l’écorce des arbres ; enfin, d’un bout de la France à l’autre, s’élève un cri de détresse, de haine, de malédiction contre l’effroyable tyrannie de Louis XIV ; son ambition guerrière, ses folles prodigalités ont fait monter le flot de la misère, de l’indignation publique, à un niveau qu’il n’a jamais atteint ; il va déborder, croyez-nous. Un soulèvement éclatant parmi tant de provinces à la fois sera pour vous la plus utile, la plus heureuse diversion à l’exécrable guerre que ce roi félon et parjure vous a déclarée. Donc, afin de donner à ces soulèvements toute leur puissance, nous venons vous demander des armes, des munitions et la garantie de l’appui moral de la république, certifié par l’apparition de vos escadres sur les côtes de Bretagne, de Guyenne et de Normandie, lors de l’insurrection. Les révoltés pourront ainsi, en cas d’échec, trouver un refuge à bord de vos vaisseaux. Je termine en disant, ainsi que M. Lebrenn : Quoi qu’il arrive, cette nouvelle protestation du droit des peuples contre la tyrannie d’un seul, cette sainte rébellion de l’opprimé contre ses oppresseurs, si elle ne brise pas le joug qui pèse sur lui, le rendra moins pesant !

— Mon ami, — reprit Jean de Witt, après avoir non moins attentivement écouté Serdan que Salaün Lebrenn, — l’an passé, à peu près à cette époque, vous veniez de parcourir la France, et, de son côté, M. Roux de Marcilly, capitaine huguenot, homme très-actif, très-observateur, très-pénétrant, comptant de nombreux amis parmi les membres indépendants de la chambre des Communes d’Angleterre, opposés à l’alliance française, avait, ainsi que vous, vu poindre les germes de ce soulèvement, imminent aujourd’hui ; vous me demandiez alors tous deux si, le cas échéant, ce soulèvement aurait l’appui de la république…

— Vous m’avez répondu, à votre grand regret, négativement, parce que, disiez-vous, la république était malheureusement liée au gouvernement de Louis XIV par la foi jurée, par un traité conclu