Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Je… ne sais… — répondit Serdan avec un certain embarras, — je n’ai pu suffisamment approfondir le…

— Mon ami, — dit Jean de Witt, interrompant Serdan, — vous devez me connaître ; je suis de ceux-là qui savent entendre la vérité…

— Eh bien !… oui, je l’avoue, votre popularité, naguère immense, a subi quelque atteinte… mais elle est encore puissante…

— Vous vous abusez, mon ami… ma popularité est complètement perdue… Il y a un mois, lorsque la Providence m’a arraché à une mort presque certaine, ceux-là qui, naguère, auraient maudit mes assassins, ont vu dans ce crime un châtiment providentiel… J’étais un traître… et la main de Dieu me frappait !… Ces accusations de trahison ont déchaîné la haine publique contre nous… Dernièrement, à Dordrecht, la maison de mon père a été dévastée par une foule furieuse, et mon frère… mon frère ! l’un des plus illustres citoyens de la république, lui qui compte ses années, ses jours, par les services rendus à l’État, n’est-il pas, à cette heure, prisonnier ? détenu comme assassin, sur l’unique déposition de qui ?… d’un misérable flétri par une peine infamante !… Mais la trame est encore plus grossière qu’elle n’est horrible ! Malgré l’aveugle acharnement de nos ennemis, l’innocence de mon frère triomphera d’une abominable et folle calomnie ; grâce à Dieu, je ne crains rien.

Cette confiance de Jean de Witt dans l’heureuse issue du procès intenté à son frère navra le cœur de Serdan, lui rappela les alarmes qu’une heure auparavant M. de Tilly lui avait témoignées au sujet du sort de Corneille de Witt ; aussi, conservant encore quelque espoir, Serdan ne se sentit pas le courage de troubler la sécurité de l’ex-grand pensionnaire de Hollande. La douloureuse émotion de Nominoë allait croissant depuis quelques moments ; soudain, les yeux humides, et s’adressant à Salaün Lebrenn :

— MM. de Witt accusés d’être traîtres à la république ! Mon Dieu ! c’est à désespérer de l’humanité ! — s’écria impétueusement Nominoë. — Oh ! peuple aveugle, stupide ou cruel ! seras-tu donc