Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/163

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— Les malheureux ! ils ont pu croire que la torture arracherait à un de Witt innocent l’aveu d’un crime ! — dit d’une voix étouffée le grand pensionnaire de Hollande. — Je connais mon frère, il aura tout souffert avec un calme héroïque… — Et portant ses deux mains à ses yeux noyés de larmes, Jean de Witt ajouta : — Noble victime ! Ah ! c’est affreux ! affreux !… — Puis, s’adressant à M. de Tilly, après un nouveau silence : — Achevez, mon ami ; il y a pour moi quelque chose d’auguste, de sacré dans le récit de ce martyre !

— Je tiens ces faits du greffier ; il assistait à cette horrible scène, — reprit M. de Tilly. — On a lié Corneille sur une table, ses mains ont été placées par le bourreau entre deux planchettes garnies de lames de plomb ; une vis de pression pouvait les serrer jusqu’à briser les os du patient…

— Ah ! — s’écria Serdan, avec horreur, — ces détails…

— Tilly, — reprit Jean de Witt d’un ton ferme, — ne me cachez rien ; je veux tout savoir, afin de tout pleurer !

— Pendant les préparatifs de la torture, la figure de Corneille était pâle, mais impassible, — reprit M. de Tilly ; — l’un des juges s’est approché de lui : « Ne voulez-vous donc rien confesser ? a-t-il demandé à votre frère. — Je n’ai rien à confesser, a-t-il répondu. — Ainsi, vous persistez à soutenir que vous n’avez pas conçu le dessein exécrable de faire assassiner M. le prince d’Orange ? — Monsieur, répond Corneille, si j’avais voulu assassiner M. le prince d’Orange, j’aurais eu l’énergie de mon crime, je n’aurais pas employé le bras d’un autre. — Accusé, réfléchissez, reprit le juge, la torture peut vous faire avouer ce que vous refusez de dire. — Monsieur, vous me couperiez en morceaux, que je ne pourrais confesser un acte auquel je n’ai jamais pensé. — Ainsi, vous niez ? — Je nie. » — Le bourreau, à un signe du juge, fait jouer la vis de pression, les planchettes se resserrent, écrasant entre elles les mains de Corneille. La souffrance est horrible, il reste impassible et muet ; mais soudain, une explosion de cris furieux, poussés par le peuple