Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/177

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du geôlier, quitté sa demeure, Serdan et ses amis prièrent le grand pensionnaire de Hollande de leur permettre de l’accompagner ; il y consentit, et ensemble ils traversèrent deux ruelles privées, dont le geôlier possédait la clef, puis un passage complètement désert ; mais lorsqu’ils furent arrivés à l’entrée d’un couloir voûté conduisant à la châtellenie et fermé par une porte, le geôlier déclara aux compagnons de Jean de Witt qu’ils ne pouvaient passer outre, le grand pensionnaire de Hollande devant être seul introduit dans la prison. Celui-ci pressa ses amis de se retirer, ne voulant pas les exposer au péril que peut-être il allait courir, leur serra la main et entra dans la châtellenie, dont la porte se referma sur lui. Il se rend aussitôt en hâte auprès de son frère. Alors le guet-apens s’explique… alors sont malheureusement justifiées les craintes des amis de Jean de Witt. Il n’a pas été mandé par son frère, celui-ci ayant prévu les dangers d’une pareille visite en ce moment d’effervescence populaire ! Une scène déchirante a lieu entre MM. de Witt. Jean veut persuader son frère de tenter du moins de sortir de la prison, dont les portes doivent lui être ouvertes, puisqu’il est condamné au bannissement. Corneille se refuse à cette tentative ; il a formé opposition à l’arrêt de proscription ; il veut des juges qui le déclarent innocent ou assassin ! Quitter la prison serait accepter la sentence qui le flétrit injustement et contre laquelle il proteste. Jean de Witt, ne pouvant décider son frère à essayer de fuir, lui déclare qu’il ne le quittera plus et partagera son sort. En vain, Corneille l’adjure de se retirer s’il en est temps encore. Jean reste inflexible. Peu de temps après ces débats déchirants, lutte sublime de générosité fraternelle, deux officiers et quatre miliciens de la compagnie du Drapeau-Bleu, complices de l’envahissement de la prison qui venait de s’effectuer, pénètrent soudain dans la chambre où se tenaient les deux frères, en proférant contre eux d’horribles menaces !

Hélas ! fils de Joel, laissons maintenant parler un témoin oculaire de ce lamentable événement :